Pour le respect des Droits de l´Homme aux frontières !!!!

Au moins 14 personnes ont perdu la vie entre septembre et octobre de l'année 2005 en essayant de traverser les barrières frontalières à Ceuta et Melilla. Ils fuyaient la guerre, la faim et la misère, et une vie sans futur ni dignité dans leurs pays d'origine, en Afrique Sub-saharienne. Beaucoup d'entre eux ont été blessés, maltraités, déportés ou abandonnés à leur sort dans le désert par le gouvernement marocain qui a commencé à jouer le rôle de gendarme des politiques de contrôle des migrations européennes.
Deux ans plus tard, ces graves faits n´ont toujours pas fait l´objet de recherches et les responsabilités des forces de l´ordre de l'Espagne et du Maroc ainsi que de leurs gouvernements respectifs n´ont toujours pas été déterminées. Deux ans plus tard les politiques européennes ont été réarmées à l´encontre des migrants et certaines des pires lignes qui inspirent aujourd'hui ces politiques ont été réaffirmées.
Des milliers de personnes ont trouvé la mort durant l'année 2006 en essayant d'arriver aux côtes espagnoles. Ceux auxquels on a fermé les voies de Ceuta et de Melilla en renforçant les barrières de la mort, ont pris le chemin incertain et dangereux des Iles Canaries. Et suite au blindage croissant de cette voie maritime, ils reprennent des routes vers Malte ou l'Italie ou renouvellent celles qui ont été déjà utilisées depuis longtemps vers les côtes andalouses.
Davantage de souffrance et davantage de décès. Les responsables ne sont pas les coups de mer, ni la fragilité d'une « patera » ou le vent toujours imprévisible, ni même les maffias ; les responsables de tant de décès et de tant de douleur, sont les politiques qui ferment les frontières et empêchent la recherche d'un futur digne en prétendant emprisonner tout le continent africain.
Deux années après les événements de Ceuta et Melilla, le gouvernement espagnol et l'Union Européenne ont renforcé leur guerre contre les migrants : des millions d´euros investis en technologie et déploiement policier ; développement et extension du Frontex ; élan d'une diplomatie sans précédent dans le continent par l'Europe et en particulier l'Espagne...
S'avère particulièrement sanglante la mise à jour de la politique des canons, que nous croyions exilés depuis l'époque coloniale, en utilisant la force armée des pays du nord pour patrouiller les pays du Sud et éviter la sortie de leurs citoyens de ces derniers. Qu´en est-il de l'Art. 13 de la Déclaration Universelle qui considère que toute personne a le droit de pouvoir sortir sans empêchement de son propre pays ?
S'avère monstrueuse et indignante l'utilisation de la coopération au développement comme chantage envers des pays tiers pour qu'ils respectent un hypothétique devoir de contrôle de l'émigration vers l'Europe. Ces politiques d'externalisation du contrôle des migrations apportent le drame à ces pays et dans certains cas les transforment, avec la diligence complice de leurs gouvernements, en authentiques gendarmes au service d'intérêts européens.
C´est le cas du gouvernement du Maroc, qui pendant ces deux années a continué à refuser le droit d´asile, en poursuivant des immigrés allant jusqu´à tirer des coups de feu et tuer plusieurs d´entre eux, en effectuant d´innombrables razzias, et en déportant aux frontières les personnes dont la seule infraction est la recherche vitale de la dignité.
L'externalisation conduit à la signature d'ignobles traités de réadmission collective en violant de plus la charte Européenne des Droits de l´Homme. Le fossé entre l'Afrique et l'Europe, devient de jour en jour plus profond et plus large, avec des conséquences de futur difficiles à éviter.
Fruit de ces politiques de fermeture des frontières, des violations de droits de l´homme sont provoquées à une échelle depuis longtemps non vue. Le refus dans la pratique du droit d´asile, la violation du droit de protection des mineurs, les conditions de détention et d´accueil, le manque d'interprète ou d'assistance juridique, ou directement les abus et mauvais traitements, sont monnaie courante. La frontière sud de l'Espagne et de l'Europe s'est transformée en zones de non droit, où toute l'architecture internationale de protection est mise en question et violée chaque fois dans une plus grande mesure.
En ce sens, avec toute responsabilité, mais aussi avec le plus grand compromis et exigence :
-Nous rendons hommage à tous les morts sur les routes migratoires et en particulier à ceux qui ont perdu la vie lors des événements de Ceuta et Melilla en automne de 2005. Et pour cela réitérons notre exigence qu'on fasse lumière sur les crimes commis en septembre et octobre 2005 à Ceuta et Melilla, qu'on détermine les responsabilités des gouvernements espagnol et marocain et que soient punis les coupables, pour que finisse l'impunité.
-Nous dénonçons les conditions infrahumaines dans lesquelles les migrants sont poursuivis sans cesse et rejetés, tant par les pays du Maghreb comme surtout, par le gouvernement espagnol et d'autres gouvernements européens.
En ce sens nous rejetons la criminalisation des migrants et la répression qu´ils souffrent de l'une ou l'autre partie très spécifiquement à notre frontière sud.
-De la même façon, nous repoussons aussi la croissante militarisation des frontières.
-Nous dénonçons comme violations des droits de l´homme les politiques d'externalisation, les traités de regroupement, la sous-traitance de la répression et l'utilisation cruelle de la coopération comme chantage.
-Nous condamnons aussi les menaces et les pressions qui sont exercées sur les défenseurs des droits de l´homme qui dans leurs activités quotidiennes soutiennent les migrants.
Deux années plus tard, la solidarité avec les victimes de Ceuta et Melilla, leur mémoire et celle de tous ceux qui ont perdu la vie ou ont souffert la répression dans leur pari vital pour émigrer, nous pousse de nouveau à nous mobiliser. Et à exiger qu'on en finisse avec cette politique sans aucun sens et qui va à l´encontre des migrants, politique qui ne va pas obtenir les résultats qu'elle prétend poursuivre mais qui va toutefois continuer à violer gravement les droits de l´homme des personnes qui essayent seulement de trouver un lieu où pouvoir vivre avec dignité.
Réseau Chabaka, Asociation Pateras de la Vida, Association Marocaine des Droits Humains "AMDH", Association Pour les droits de l’Homme d’Andalousie "APDHA", Conseil des Migrants Subsahariens au Maroc, Intersindical Canaria, Oficina de Derechos Sociales de Sevilla.
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Comments
Re: CEUTA ET MELILLA, DEUX ANS PLUS TARD
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